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Message  Messaline le Jeu 17 Sep - 9:59

Mon voisin


Juste derrière chez moi, j’entends passer le train que je ne prends jamais.

C’est au rez-de-chaussée qu’habite mon voisin qui, dès le petit matin, invite le vin blanc à coté de son bol de café.
Moi, je loge au premier, mais j’ai quelque raison d’imaginer cela.
Sortant de la maison, descendant l’escalier extérieur de bonne heure dans le froid, je m’arroge le droit, quelquefois, d’un regard curieux, indiscret, à travers le carreau dont le verre embué dessine en un halo mystérieux la silhouette spartiate de l’homme en ses pénates.

Sa mine blette et déconfite, comme un fruit qui gèle en hiver, promène autour de la cuisine des prunelles glauques, incertaines, quittant vie par instant ainsi que l’on s’acquitte d’une dette souscrite ailleurs et autrefois.
… Lorsque les lois du temps étaient meilleures.
… Qu’un semblant de bonheur simulait un frisson, passant, fugace, sur une chair à l’abandon.
… Avant l’amère désillusion.

Ses gestes incertains.
Sa main.
Chassant de son front taciturne une poussière nocturne qui reste, tenace, dans les rides, et bride la raison.
Son pas pesant.
Traînant savates sur les lattes d’un parquet laissé à l’usure des saisons, comme pour balayer des fissures anciennes.
Sa main.
Encore.
Passée sur sa figure.
Pour effacer les plis que la nuit a laissé.
Et la débarrasser des bourrons de laine de la couverture.

C’est en vain que je tâche de ne pas me faire remarquer lorsque je passe et que j’observe ainsi le nid et les manières de monsieur mon voisin.
Car il est aux aguets.
Mais ne prend pas ombrage de mes nombreux passages.
C’est bien tout le contraire : il semble presque heureux.
Je le regarde impunément et lui ne se met pas en garde.

Jeune femme élégante et racée, j’aime assez cependant m’encanailler parfois et taper la belote, au soir, avec les potes, aguerris et rompus, du voisin de palier du voisin de dessous.
Qui a bu tout son saoul et fait triste ripaille, amère et solitaire, avant que les copains, rimailles avinées, arrivent sur la rive où s’échoue d’ordinaire un rebut, dix de der, et tout dernier compère.

Double waters sur cour, je hume bon l' urine de l’homme, comme je vais, matin, faire un petit pipi au parfum de jasmin, tout d’organdi vêtue.

Je fume le cigare ainsi que George Sand.
Et quand je suis en panne un dimanche à midi, je ne fais pas la moue.
Ni ne recule devant rien, inventant une particule.
Ni ne me pare d’une armure, si, d’aventure, mon ami et voisin décle
nche le verrou lorsque je toque, et me propose, sans un effet de prose, un Boyard maïs.
N’ai cure du dit-on et du qu’en dira-t-on.
Baroque en ma tenue, moitié écervelée, je me déhanche, me donne à regarder, volontiers, par quelque locataire de la propriétaire.
Ainsi en va-t-il, tranquille, dans le logis qu’elle offre aveuglément, contre cent francs quand même : pourvu que ça rapporte, elle ferme ses yeux, ses portes et ses ouïes, dès la nuit tombée.
Encaisse en fin de mois les retards de loyer.
Laisse s’acoquiner les copains tard le soir.
Ou tôt petit matin.
Et s’en va se coucher.

Juste derrière chez moi, j’entends passer le train que je ne prends jamais.

Ayant un train de vie quelque peu incertain, il m’arriva un jour, en guise de merci, de m’allonger, soumise, un rien grise, sans amour ni entrain, sous l’envie et le corps lourd, si lourd… du voisin.

Mais lequel ?
J’oubliai tout soudain.
Le voisin de palier de celui du rez-de-chaussée ?
Ou celui du dessous du premier ?
Mais qu’importe après tout.

Juste derrière chez moi, j’entends passer le train que je ne prends jamais.





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Message  Lalou le Lun 22 Nov - 15:22

Bien inspiré le mur à Dédé pour cette nouvelle de Messaline restée toute seule et sans echo!


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Message  vivant le Lun 22 Nov - 19:42

Punaise.. je n'ai que des voisins (et des cons)
Mon train risque de prendre du retard...

Oui un texte court plaisant

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