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Quatre saisons, une révolution

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Quatre saisons, une révolution Empty Quatre saisons, une révolution

Message  Messaline le Mer 28 Oct - 0:23

Poussière. Poussière. Poison.

Lent mouvement déliquescent, néant lancinant et torride.

Des crevasses, des rides, à la surface de la terre.

Un vent chaud, délétère.

On voudrait mordre, mais on reste tranquille, à l'abri d'un désordre inutile. On écume de rage contenue comme dans un costume étriqué.

Orage irrésolu.

Torpeur.

Un oiseau s'est pendu de n'avoir su chanter. Il piaillait ce matin sa vertu en allée. Le temps s'est grippé juste après la virgule.

Voilà l'été.

Canicule accablante. Dolentes étendues parcourues de fistules purulentes.

La Joconde ne sourit plus. Quelque chose d'immonde pourrit à la ronde. La terre féconde des cimetières inédits et des parterres de fleurs épuisées qu'une sonde arbitraire nourrit. Les ordures ménagères exhalent au pied des murs des senteurs putrides que des chiens crevés sont venus renifler.

Des sanglots sales s'imposent dans le parfum des roses, comme une erreur fatale, une aventure au demain certain de rupture.

Brûlure d'un soleil assassin, odeur de moisissure.

Dictature d'une étoile où les rats mêmes en deviennent moroses, où les vieillards trépassent, rendant à Dieu leur âme crasse ; où les femmes n'ont d'yeux que pour voir aux fenêtres les anges désolés apparaître dans leurs langes et sans aile.

Chaleur mortelle.

On rêve de banquise. On implore une trêve, une brise.



De ses longs doigts diaphanes et graciles, madame a cueilli la pivoine dont le papier de soie fanée exile au loin le rose de ses pétales déchiquetés. La belle, pâle, transpire, soupire. Les lambeaux d'un roi inhabile n'osent pas un quatrain et c'est en vain, madame, que la fleur de votre cœur se veut docile. Votre promis se meut à peine.
N'est pas reine qui veut.

Langueur.

Vapeurs.



***



Quelques nuages dans le ciel, fleurs de coton sur toile azur, ailes du paradis ; blanches chevelures s'accrochant aux hanches arrondies des monts ; bouts d'étoffe immaculés, plumes froissées sur fond turquoise ; écume dont la voix n'est qu'un murmure dans le silence, un mot chuchoté : patience.

Une goutte de pluie s'est écrasée comme un fruit mûr sur mon front
Céleste créature
Zeste irréel
Prémisse d'artifice.

Ô ma douleur

Délicieuse

Veille précieuse

du bonheur.



***



Alors vient l'automne.
Un vent frais
Une brume tenace.
On se débarrasse des sueurs de la saison passée, de l'enclume sur son corps fatigué.

D'heure en heure, vient l'automne.
On s'étonne.
On s'éveille de sa léthargie.
On a presque peur.
On s'émerveille.
On se recueille.

Au vent d'automne l'oiseau frissonne.

L'arbre fredonne au chant d'automne.

Ses branches torses font le tri, lâchant leurs feuilles folles avec parcimonie. Un courant d'air rasant le sol les balaie jusqu'au seuil de nos portes qui se fâchent, les recrachent pour mortes.

Vient l'automne.
Son éclat d'or sur la fraîcheur de l'eau.
Son doux chaos.



Octobre a jeté sur les oripeaux de l'été ses couleurs, ses joyaux, sa robe rouge et ocre sur la terre craquelée.

Octobre a dressé ses parures sur les plus sobres paysages.

La nature n'est pas sage.

… Nous aussi avons nos orages…

Elle étale ses peintures criardes et se farde comme une femme attarde ses regards dans le reflet des vitrines et fascine un passant chaviré, qui continue sa route en titubant, à jamais prisonnier d'un doute.
La belle n'est pas sage, elle s'abandonne parfois nue aux feux de la saison comme coule le miel, parfois infidèle.

- C'est déraison, madame !

Elle répond dérision.



Alors vient l'automne.

Tu vois sombrer dans ses tourments et ses colères
La lumière de ton front sourcilleux, son mystère
Et le fond de tes poches aux billets éphémères
Quelques filets de sang, les morceaux de ta chair.

Vient l'automne.
Ses claques.
Les bottes dans ses flaques et l'âme dans les bottes, on barbote. Novembre noie les cœurs dans sa boue où s'échoue aussi l'ardeur de nos émois. Les pluies battantes démembrent les esprits.

Et ton corps vacille, et ta mémoire défaille.
Les émaux de ta peau s'ouvrent sur tes entrailles.

Les caniveaux charrient des désespoirs sans nom, déterrent des démons ensevelis.



Des manoirs redoutables, Lucifer à nos tables

Des envies d'en finir, de pourrir dans l'égout

De rencontrer le diable et se mettre à genou

Devant lui. Pactiser avec lui l'improbable

Un billet sous la table pour un coin d'accalmie

Jusqu'à sa propre vie pour un peu de répit.



Une éclaircie ? Un rayon de soleil ?
Nenni !
Le gris règne définitif, dont nous sommes captifs.
Alors on fait le mort, on s'ensommeille.
On entend d'une oreille la pluie infatigable.
On n'est plus capable de rien, pas même de vertu, d'une brève pensée, ni d'un rêve, ni même d'un chagrin. Ceux-ci ne sont qu'autant d'éponges imbibées de l'absurde qui nous ronge, nous éteint.

On attend...
On attend.
On jette des vœux et des regards peureux par la fenêtre.
On voudrait disparaître.
On est anéanti.



***



Silence.

Absence, longtemps.

Longtemps, silence.

Coton, flocons, cocon.

Doux arpèges, la neige.

Plus un bruit. Calme décembre. L'arbre se cambre sous son vêtement blanc. Je sors de ma chambre à pas hésitants.



Voilà l'hiver.



Le bonheur a quelque chose d'ambigu, le suicide devient languide.

Sous le givre sévère, on devine une folle endormie, oubliée là dans ses désirs cruels, ses plaisirs ivres et repentis, ses abîmes charnels. Les grands frissons de la saison ont eu raison de sa démence.

Hiver.

Conscience infime plus dure que la pierre, pierre plus dure que la pierre.
On imagine une ère glaciaire.

Hiver.

Paupières transies et gonflées de fatigue au travers desquelles se déroulent l'intrigue d'une trace de pas, d'un serment, brodés sur le linge blanc des prés ; qu'effacent aussitôt les oiseaux minuscules que le gel articule, comme mille cristaux de tes yeux amoureux.

Le bonheur a quelque chose de ténu.
Un interlude.
Des gestes ébauchés, des pas retenus. Comme une incertitude sur ta bouche. Puis les draps froissés de ta couche, entre lesquels je me glisse sans cesse, où j'esquisse vers toi mes caresses.



***



Douce quiétude.
Le printemps joue son prélude.
Quelques soupçons de neige oubliés papillonnent dans un dernier rictus sur la terre qui accouche de bourgeons.

Tel un crocus, une femme un peu prude s'étonne et s'enhardit dans l'éclosion de sa chair pâlie, ose une gorge abandonnée aux rayons d'un astre timide, un tissu léger sur ses jambes candides ; propose à l'air frais ses bras à demi nus, la peau parcourue de frissons. Elle pose ses regards sur des mâles avides qu'elle castre, impavide, du poison animal qui les guide.

Elle garde précieusement la douceur de ses rides pour le sourire d'un homme qui sut, d'un geste lent, fleurir les restes d'un empire et fut assez galant pour ne pas la laisser s'enfuir.

Elle farde ses paupières d'une poudre légère. Elle consacre son temps à découdre le voile de ses pensées, opales de son firmament, diamants sur son front pâle.

Sur la chaussée l'attend le fiacre de son amant pour un voyage au-delà du rude hiver, au-delà d'une âcre solitude, vers un temps plus clément qui ne s'encombre pas de mots d'amour - nombre d'entre eux n'ont plus de sens - ni
d'actes de bravoure, ni de toujours
Le présent suffit aux sages habitudes que l'âge rend intense.



Printemps.



Nous avons tous vingt ans, éternellement. Nous sommes beaux, hors du rang, indociles comme des imbéciles hésitant entre la norme et le conforme ; rassis, en forme, rebelles débutants ; confits, une moue de mépris sur les lèvres. Mais toujours la peur du vide, maman !

Nous brandissons en cœur sous le soleil de mai des banderoles qui volent comme des hirondelles, tandis que veille encore en nous l'enfant cruel et jamais innocent, maman !

Nos brouilles ont quelque chose d'excessif et charmant, explosif. Éclatant comme un paraphe inoffensif et sans tache, brillant comme nos dents de lait, que cache la rouille d'un écrin tapissé de velours jalousement fermé d'un tour de clé.
Notre révolte ne pèse pas plus lourd qu'un volt.

Petits tracas, grande misère, le printemps joue sa coda.
Les chars ont retourné la terre et traîné dans le sang des cadavres.
On se bat pour tuer et jouer à la guerre.
Les plus braves savent s'en distraire et se terrent au fond de la cave, pour écrire dans un havre sans paix, en prophètes avisés, en poètes inspirés, les fondations d'une prochaine révolution.


***



Danse des saisons. Fuite éperdue devant un drame sans suite ni dénouement
Où l'acteur abandonne la pose convenue pour le cœur d'une dame au balcon dont le parfum de rose invite à l’émotion...
Où le peintre, dans sa confusion, ébauche sur sa palette la débauche des éléments en quelques couleurs diffuses, congédiant la muse qui s'apprête en sa nudité, pour une passion si vite habillée, aussi vite recluse.

Cadence des saisons ...

Quelque chose d'un recommencement, sans rime ni raison.
Abîme d'une nouvelle révolution.



***



Poussière. Poussière. Poison.

Lent mouvement déliquescent...
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Message  Lalou le Mer 28 Oct - 8:17

Wow Messaline !!
Envoutantes tes Quatre saisons..
Vraiment une belle lecture en ce matin un peu frisquet !!

lalou feuille rouge

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Quatre saisons, une révolution Empty Re: Quatre saisons, une révolution

Message  Ratoune le Mer 4 Nov - 16:49

Mess' sur le tronc descend les rapides, les cascades, les torrents écumeux. La suivent des bouillonnements, écumes, éclats de vers, un peu de soleil détaché, quelques fretins, deux trois racines arrachées, le ciel pendant, les rideaux de la nuit et la foule déclinante des hommes désenchantés.
Vivaldi ou non ? Like a Star @ heaven
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