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Coupe, coupe-feu, le feu et une histoire de limace.

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Coupe, coupe-feu, le feu et une histoire de limace.

Message  Dam le Dim 8 Sep - 18:35

Coupe

Le mistral soufflait fort à tordre le tronc du cèdre de l’Atlas affaibli, car dégagé de son entourage végétal fixe et protecteur, un cyprès chauve pas chauve du tout, très 
sombre, aujourd’hui abattu pour les grâces du jardin et de la terrasse et le plaisir des yeux et de l’âme comme on découvrait la mer avec Saint-Tropez au fond. (Lourd, 
pas vrai ? mais pas autant que les buches des troncs coupés.) Les plantes bénéficieraient bientôt de toute la lumière jamais souhaitée, quand le grand cèdre se 
couchera par vent d’Est ; on ressortira les parasols autour de la table bleue, et tout le monde fera la gueule pour de bon. Sauf mère, sauf elle, qui n’aura plus jamais à balayer la terrasse de ces myriades d’aiguilles dorées... - Quelle joie, quel bonheur, enfin ! je respire, enfin !
On parierait bientôt que seules les tiges du plombago et celles des clématites étoilées, seraient ravies, faisant flores à qui mieux mieux à tout bout de champs ! 

coupe feu

Elle fait le jet sur la terrasse, je sors, inquiet, j'interviens : “Non ! pas dans les pots ! tu fais gicler toute la terre. Mets ça, la poire - pauv’poire -, prends l’arrosoir et mets la poire !” Elle s’arrête, rumine que c’est chez elle, - je rafraîchis les arbres -, attend un moment que je disparaisse, et ouvre le jet au pistolet, vers le bas, la pierre. Je suis toujours là à la regarder... je rentre. Elle venait d’avoir un appel de père qui était arrivé à bon port. Elle avait eu la recommandation 'banale' d’arroser le jardin. 
- Qu’est-ce que t’as fait là : t’as arrosé l’jardin ou t’as arrosé les fleurs, hein ?
- Les deux. Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal ? ton père m’a dit de faire comme ça, il fait toujours comme ça, sans la poire...
- Mets-la poire ! ça fait un trou au milieu du pot, tu vois pas ? ça découvre le pied, tu vois pas, les racines, là, m... ! Quand il pleut c’est pas un gros jet compact (je 
trouve pas le mot), c’est des gouttes, ça m’dégoutte.
- “J’aime pas la pluie, dit-elle, les gouttes, les escargots, les limaces, la grisaille, tout ce qui s’apparente à la pluie, j’aime pas l'eau.. Allo ? ça me rappelle l’hiver, le seul, qu’on a passé avec ton père quand il exerçait ici. Après, c’est bien simple, on a mis la maison en vente et on est parti.
Premier et dernier hiver.”


Le soir, on a mangé en haut sur la terrasse ; ce fut l’attendrissement quand mère nous a raconté sa vie puis celle de ses parents, puis niet.


*
Le feu


(souvenir d’un repas avec père)


Y’a un gros feu à Marseille Nord ; avec un tel vent...
- Z’ont qu’à faire des pare-feu.
- Ça ne peut pas venir jusqu’ici ? dit Cam, paranoïaque et incrédule.
- Mais non, sourit père, mais non, c’est loin Marseille, dis ! tu ne sais pas où c’est ?
- Non, dit soeur, je ne vois pas.
Largué, le père, il dit : “Et bien, si tu ne le vois pas, dis-toi que c’est loin.
- C’est sûr (tout sourire, sauf moi) ; mais ils pourraient quand-même l’éteindre, ce feu !
"Z’ont qu’à faire des pare-feu".
C’est la seule phrase que je dirai ce midi, et je la répéterai souvent, pour rien. Ça me faisait toujours du mal de voir partir Dame nature en fumée ; tant de beaux 
paysages réduits en cendre par la sempiternelle connerie des hommes. J’avais entendu un chef pompier dire au 20 Heures : “Si nous faisons ça (des pare-feux), on perdra des milliers d’emplois dans la profession. Non, il faut se donner les moyens... mais c’est vrai que le mistral, tant qu’il souffle, on peut pas faire grand chose. Oui, on peut attendre la nuit qu’il se calme. Mais cette nuit-là, il a soufflé deux fois plus fort, et les hélicoptères sont restés au sol. C’était trop dangereux. Et les Canadairs, ça vole pas la nuit.” 
On voit le résultat, pour garder quatre emplois : quatre mille hectares - un tapis noir et gris de cendres. J’en connais une à qui ça n’a rien fait, soulagée presque :      - " Je m’y ferai jamais à cette grosse limace au pied du frigidaire. Elle a dressé la tête quand j’ai ouvert la porte, comme si c’était là, au frais, qu’elle voulait aller. La petite emprisonnée dans la bouteille d’eau. Dégoutée ! »

Dam.
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Re: Coupe, coupe-feu, le feu et une histoire de limace.

Message  Sylvie le Mer 29 Jan - 6:24

J'aime et je comprends cette révolte que je n'accepte pas non plus !

Mais quand les parents disent !!!!!!! alors là ! chut !

Aujourd'hui, on a les pieds dans l'eau alors pour ceux qui n'aiment pas la pluie
c'est LOU_PE ! Smile

Merci Dam d'avoir partagé tes mots.
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Sylvie
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