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Journal d'un fou et d'un rasoir, Les Fils d'Artaud !

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Journal d'un fou et d'un rasoir, Les Fils d'Artaud !

Message  Haïku Grunge le Jeu 6 Nov - 1:58

Journal d’un fou !

Quelque soit l’étrangeté ou l’incohérence des lignes qui vont suivre, je peux affirmer fermement qu’il n’y a plus qu’une seule science exacte aujourd’hui : celle de se raser en pleine conscience !

Cette nuit, j’ai désiré capturer cette horreur ultime et la retranscrire viscéralement sur le papier mais la lame de rasoir m’a tailladé de toutes parts face à ce sombre miroir maculé à présent de sang noirâtre. Malgré mon bon vouloir, le mystérieux miroir m’a renvoyé une image dégradée, malhonnête, dégueulasse d’un homme usé, lessivé et… mortellement blessé.

Les fils d’Artaud sous la forme d’un rasoir aiguisé m’ont envoyé sans aucune émotion dans les profondeurs de la folie à lier sans délais. Rien ne peut les détourner de leur funeste dessein ! J’ai appelé ma mère en vain, j’ai hurlé à l’aide, personne ne veux se mêler à ces meurtres rituels qu’ils accomplissent chaque nuit ; ils agissent tels des dieux courroucés, c’est-à-dire qu’une main invisible vous attrape, une autre ferme à double tour la porte et la maintient close jusqu’à la fin, et la tuerie peut alors commencer pour ces créatures aux ailes noires, venues des bois hantés.

J’avais découvert, bien auparavant, leur existence au cours de mes voyages fantastiques à travers l’espace et le temps. Leur sanctuaire m’avait pourtant semblé vide à ce moment là, il n’y avait aucune lame de rasoirs dans cette chambre d’isolement psychiatrique, j’avais pris des notes, un amoncèlement de papier journal où je prenais soin de tout consigner pour les remettre au Docteur. 
Oui ! Je m’en souviens ! Le Docteur était dans son bureau en train de remettre en ordre les dossiers qui sont très, très importants, vous savez. 

Je m’en souviens ! Je m’étais déshabillé devant Marie Laure, la jolie infirmière qui avait soulevé le délicat problème, cette absurde linéarité (causes-conséquences) qui vous mène d’abord à l’hôpital, ensuite aux infirmières sans culotte, puis dans la cage du Docteur.
Pour ceux qui sont à la recherche de lieux étranges, je vous donnerais prochainement les indications de cet endroit maléfique mais revenons aux fils d’Artaud, cette méchante lame de rasoir argenté que j’ai caché dans une commode de la salle de bain et que j’ai sorti, fiévreux et fanatique, le jour de mon anniversaire. 
La voix terrifiante des Fils d’Artaud était redevenue plus claire ces derniers temps, les petits bonbons qu’on m’administrait à l’hôpital, je les avais oublié dés ma sortie, et les ombres de la maison, de jour comme de nuit, avaient commencé à m’évoquer des hologrammes menaçants et hostiles…
La suite, vous la connaissez… 


A celui ou celle qui lira ces dernières lignes :
Sur les murs, il y la preuve de leur abomination artistique. J’entends la sirène de l’ambulance ou des pompiers. Relativement, il doit y avoir un être pur et attentionné, dans ce monde de blasphémateurs, qui les a appelé. Etendu sur le sol, au milieu d’une mare ensanglantée, toutes ces choses ont revêtu une suffisante clarté, une délicieuse obscurité, c’est le défaut aguicheur de l'harmonie entre les deux mondes baignant dans la même symbiose. 
Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à laquelle se mêle une très légère ivresse, nage dans cette atmosphère, où l'esprit sommeillant est bercé par des sensations de serre chaude.
La lumière tombe, pure et immobile. Les bruits de la ville vont bientôt s’intensifier et attiser la vacuité –les fils d’Artaud, la lame de rasoir, le fou qui la tient encore, la main crispée, et cette nouvelle dérisoire, telles des silhouettes présentes avant le grand naufrage ou le grand départ…
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